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Le NIMBY, c'est old? L'éolien au filtre de la socio
 Suite et fin de nos instantanés des deuxièmes Journées internationales de sociologie de l'énergie (JISE) qui se tenaient à l’université François-Rabelais de Tours (1-3 juillet 2015). Avec deux exposés liés à l'acceptabilité sociale de l'éolien (en fait, son refus) en Suisse et en Ariège. En dépassant le syndrome NIMBY.

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Dynamiques d’engagement des projets éoliens en Suisse (Adeline Cherqui, doctorante à l’Université de Lausanne).

Le premier parc éolien est implanté en 1996. La Suisse en compte aujourd’hui une trentaine, les années 2000 marquant une volonté forte de développer les énergies renouvelables aux niveaux fédéral comme cantonal.

Dans une petite commune (4.000 habitants) du Jura vaudois, 7 éoliennes doivent être implantées, depuis... 1997. « C’est le projet emblématique du canton car il n’aboutit pas ! » Il y a eu plusieurs phases d’opposition, dont deux recours au tribunal administratif. Que s’est-il passé dans ce territoire lorsque le projet a vu le jour ?

Adeline Cherqui a observé « des périodes d’accalmie qui traduisent un travail en chambre et des temps judiciaires. Ces périodes d’accalmie conduisent à la captation du processus par des acteurs extérieurs. Ce sont des outsiders (1) au processus et ils interviennent très souvent en réaction. » Traduisant un changement d’échelle, les « ressources d’actions » s’accroissent (organisation d’un référendum…). Ces outsiders se structurent pour apparaitre légitimes, en créant par exemple une association, pour devenir « représentatifs de la population » et être écoutés des acteurs locaux. Le projet passant du niveau communal au niveau cantonal, les outsiders font de même et s’allient avec des ONG ayant le droit de former recours devant des tribunaux. De fait, les outsiders vont utiliser le droit pour entrer de force dans le processus de négociation, devenant des « acteurs dominants. »

Les outsiders diffusent une information à mi-chemin entre expertise et défiance. Elle prend de l’importance et gagne en qualité au fil du temps, montrant qu’ils disposent d’un capital socioculturel important.

Il apparaît que cette dynamique des enjeux de pouvoir au cours d’un processus de mise en œuvre de l’action publique revient à dépasser la vision NIMBY des conflits en aménagement.

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1) Des outsiders ? Ce sont des habitants de la commune, mais d’implantation récente (avec parfois une attache familiale). Ils vivent les éoliennes comme une intrusion, lorsque ceux qui y travaillent vivent déjà leur commune comme industrielle.


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Stéphanie Dechezelles (IEP d’Aix-en-Provence / CHERPA) évoque des parcs éoliens dans l’Aude et en Ariège. Euh non, pas en Ariège. Car si le premier a été département pionnier (premier parc à Port La Nouvelle, 1991) et dispose de beaucoup de parcs, l’Ariège n’en compte aucun.

Réfutant le syndrome NIMBY, Stéphanie Dechezelles (un nom prédestiné, pourtant) estime qu’«on apprend à devenir contestataire. Ce n’est pas automatique. » Même si la partie « réaction » est importante dans une contestation. Ainsi, les collectifs se constituent « dès lors que des élus municipaux apprennent qu’un projet de parc éolien est en projet dans une commune voisine ». Mais ce n’est pas systématique. Les collectifs réunissent des personnes très diverses. D'abord, il s’agit de « petites communes avec de petits élus » (pas d’engagement politique, ni de cumul des mandats). Ensuite, il y a une très grande variété de situations et de ressources: des agriculteurs, des fonctionnaires, une artiste, des ouvriers, un informaticien, un maçon, un opérateur touristique, une femme au foyer. Il y a aussi des néo-ruraux. « Tous ont le statut de propriétaire. » La plupart ont « rénové leur maison. » Les attachements politiques sont diversifiés.

S’opposant à l’éolien, sont-ils tous des pro-nucléaire ? A l’exception de l’un d’entre eux, ingénieur retraité d’EDF et militant CFE-CGC au niveau européen, tous les autres acteurs se sont intéressés très tôt aux énergies renouvelables (panneaux solaires), les agriculteurs ayant opté pour des pratiques « responsables… » Evoquant des entretiens de trois heures l’hiver avec des acteurs de la décroissance (« on se gèle »), elle indique qu’ils ne ressemblent pas aux anti-éoliens que l’on peut imaginer.

Quelles sont leurs motivations ?

D'abord, se confronter à la très grande technicité des dossiers éoliens. Ils « courent après l’expertise ». Ils essaient ensuite de concilier des arguments de type local et d’ordre global. Les commissaires-enquêteurs attendent surtout des opposants des explications sur les atteintes locales de ce projet à leur territoire. S’ensuivent « des articulations de registres très complexes. » Les opposants mobilisent des « arguments experts » qu’ils pensent être la demande des commissaires enquêteurs, alors qu’ils ne disposent pas forcément des ressources scolaires pour les produire. Les acteurs font donc cet apprentissage en ayant des handicaps scolaires et culturels au départ.

A l’inverse, ceux qui ont ces ressources deviennent « les moins bien dotés pour émettre des arguments qui font mouche devant les enquêteurs. » Exemple : Des éoliennes doivent être implantés sur une colline. Faisant appel à leurs souvenirs d’enfance, les opposants indiquent que sous cette colline karstique, il y a beaucoup de trous et d’avens, ce qui rend le projet dangereux. Des éléments que les promoteurs n’avaient pas évoqués.


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